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Jean-Pierre HARRIS, grande figure nivernaise nous a quitté...

Grande figure de la vie publique nivernaise et neversoise, Jean-Pierre HARRIS s’en est allé rejoindre ses maîtres présocratiques, socratiste, atomistes et sophistes où il continuera de pratiquer ce qui était chez lui un Art : la Philosophie et l’intérêt porté à l’Être humain dans toutes les composantes de sa condition. Homme politique engagé et inlassable militant de la démocratisation de la culture, il a tout au long de sa vie défendu les valeurs de solidarité entre les Hommes et les Territoires.

Jean-Pierre HARRIS, lors de la remise du Prix BEREGOVOY en mai 2009 - Sources : CG58 ■ Jean-Pierre Harris, le nivernais :
Né le 10 janvier 1930 à Nevers, père de trois enfants, Jean-Pierre Harris était connu de tous les neversois et nivernais : enseignant la philosophie, il a fait passer pendant vingt-deux ans le baccalauréat aux élèves du lycée Jules Renard.
L’ancien professeur avait lui-même suivi ses études au lycée de garçons de Nevers, puis obtenu son baccalauréat à Paris en 1948. En terminale, Jean-Pierre Harris avait découvert puis s’était pris de passion pour la philosophie qu’il enseigna avec un brio tel que ses élèves s’en souviennent encore.

En 1942, suite au décès de son père, professeur de rhétorique, sa mère, institutrice ne pouvant financer ses études supérieures, Jean-Pierre Harris occupa pendant cinq ans, le poste de "pion" au lycée de garçons de Nevers. Dans le même temps, il obtint une licence de philosophie à Dijon, et une de psychologie à Paris. Après avoir décroché son CAPES de philosophie en 1957, il s’en alla enseigner trois ans en Algérie à Tlemcen, puis revient à Nevers au lycée de garçons devenu le lycée Jules-Renard.

■ Jean-Pierre Harris, Homme politique et engagé dans la vie publique :
Militant de gauche, il faisait partie du premier cercle des intimes de François Mitterrand qu’il connaissait depuis les années 1960 et était très proche de Pierre Bérégovoy.
Haut fonctionnaire, il fut tour à tour Chargé de mission au Ministère du Temps libre (1981), Sous-directeur de la Promotion touristique auprès du Secrétariat d´Etat chargé du Tourisme (1981), Inspecteur général (1983) puis Inspecteur général honoraire du Tourisme, Chef de la délégation française au Conseil exécutif de l´Organisation Mondiale du Tourisme (1982-85), Chef de l´Inspection Générale du Tourisme (1988-95). Son grand attachement à la Nièvre et à y demeurer ayant largement influencé sa vie et sa carrière.

Engagé dans la vie publique depuis 1971, il a été successivement ou concomitamment :
 . Premier adjoint de Pierre Bérégovoy à la Mairie de Nevers (1971, réélu en 1977),
 . Vice-Président du Conseil Général de la Nièvre (1978-2004),
 . Questeur du Conseil général,
 . Académicien du Morvan (1977),
 . Président de la Société académique du Nivernais (1989),
 . Délégué de la France à l’Organisation Mondiale du Tourisme (1982-85),
 . Président délégué du Comité national du fleurissement de la France (1986-95),
 . Président du Syndicat d´initiative de Nevers,
 . Président de l’université du Temps libre (depuis 1998),
 . Président de l´Union des syndicats d’initiative de la Nièvre,
 . Président du Comité départemental du tourisme (1962-2004),
 . Vice-Président de la Fédération nationale des Comités Départementaux de Tourisme,
 . Vice-Président du Comité Régional de Tourisme de Bourgogne (1973-2004),
 . Président de la Camosine (depuis 2000).

- Conseiller général du canton de Nevers-nord (1973, 1978, 1989, 1992 et 1998), il fut 1er Vice-Président lorsque François Mitterrand était à la tête du Conseil Général de la Nièvre, et devint par la suite Président par intérim suite au décès de Noël Berrier. Jean-Pierre Harris a largement marqué de son empreinte les différentes sessions de l’Assemblée départementale de la Nièvre où il a toujours oeuvré en faveur de l’intérêt général.

■ Jean-Pierre Harris, Homme de lettres :
Philosophe, homme politique, passionné d’Histoire, Jean-Pierre Harris était en même temps Homme de Lettres et écrivain. Il a commis de nombreux ouvrages, il a aussi écrit sur de la Résistance en Nièvre. Ses principaux ouvrages publiés sont :
 . Voyage en nivernais,
 . Nivernais et Morvan d’autrefois
 . Sainte Bernadette, l’Ame Soeur : Réflexions sur la Simplicité
 . Antoine D’Estutt De Tracy : l’Eblouissement des Lumieres.

Parmi ses multiples distinctions, Jean-Pierre Harris était Commandeur de la Légion d’honneur, de l’Ordre National du Mérite et des Palmes Académiques, Officier des Arts et des Lettres et du Mérite agricole ainsi que Médaille d´honneur de la jeunesse et des sports.

Jean-Pierre Harris est décédé lundi 17 mai 2010 au matin. Il sera inhumé dans l’intimité jeudi 20 mai et reposera non loin de la tombe de Pierre Bérégovoy au cimetière Jean Gautherin de Nevers.


■ Le message de Marcel CHARMANT, Président du Conseil Général de la Nièvre :
Jean-Pierre HARRIS nous a quittés le 17 mai dernier, fatigué de sa vie terrestre, aspirant au voyage vers un au-delà auquel il croyait sincèrement. A l’annonce de son décès, un grand silence s’est installé et chacun d’entre nous a été confronté au souvenir et au retour sur soi, sur les moments, nombreux et tous différents, partagés avec Jean-Pierre.

Certains auront retrouvé avec émotion le professeur de philosophie qui a su faire partager sa passion et son enthousiasme à tant d’élèves, qui a marqué de son empreinte bien des jeunes esprits, leur a ouvert bien des horizons, et parfois suscité des vocations. D’autres auront évoqué l’homme d’ouverture et de culture, l’ami des arts et des artistes, le président de la Maison de la Culture de Nevers, celle des origines, des créateurs, de Malraux et de Lauberty, celui qui fut également pendant 10 années, le Président National des Maisons de la Culture.

D’autres encore qui partageaient son intérêt pour le développement du tourisme, se souviennent des années consacrées d’abord à la présidence de Nièvre Tourisme, puis répondant à la demande de François Mitterrand, à une dimension nationale et internationale, à travers son action éminente à l’Inspection Générale du Tourisme et à la présidence du Comité de Fleurissement de la France.

Ses amis les plus proches cumuleront dans l’évocation de Jean-Pierre Harris, la diversité de ses centres d’intérêt, l’étendue de sa curiosité aux autres et au monde, son immense culture et sa conversation intarissable.

Mais la reconnaissance spontanée des Nivernais va naturellement vers l’érudit local - comme il aimait lui-même à se décrire -, l’historien, l’amoureux de la Nièvre et de Nevers, des beaux esprits et des témoignages du passé, le conteur de sa « petite patrie », soucieux de faire sortir de l’anonymat, dans lequel le temps oublieux les avait plongés, les figures de Nivernais qu’il jugeait dignes de signaler à l’intérêt de ses concitoyens.

Certains d’entre eux trouvèrent le chemin des plaques émaillées des rues de Nevers, d’autres ont su mériter plus grandement son attention et lui ont inspiré des publications dans le bulletin de la Société Académique du Nivernais ou les annales de la Camosine, d’autres encore donnèrent naissance à des ouvrages à la qualité reconnue, dont le dernier en date, consacré à d’Estutt de Tracy, n’est pas sans évoquer, à travers les traits du personnage, la personnalité de l’auteur et sa quête.

En lisant cette définition : « Le philosophe est celui qui met d’abord l’homme en question et le monde dans lequel il s’agite et agit, lui donne une méthode de vie et des réponses qui lui conviennent plus ou moins, dans la suite de l’histoire de la pensée » comment ne pas penser qu’elle s’applique, au moins aussi bien, à Jean-Pierre Harris qu’à d’Estutt de Tracy.

A ce moment du dernier adieu, mes premières pensées se portent vers le compagnon d’engagement, l’homme politique, profondément socialiste et humaniste, préférant toujours la force de la conviction à la brutalité du combat. Ami fidèle de François Mitterrand d’abord, puis de Pierre Bérégovoy ensuite, il aura été, à leurs côtés, un acteur de toutes les grandes pages de l’histoire politique récente de notre département.

Le Conseil Municipal de Nevers lui offrit son premier mandat électif auprès de Daniel Benoist, devenu Maire en 1971, qui ne tarda pas à lui confier une responsabilité d’adjoint. Puis en 1983, il deviendra le 1er adjoint de Pierre Bérégovoy et le restera jusqu’au décès de Pierre, apportant ensuite le même soutien à Didier Boulaud jusqu’en 2001.

Une amitié sincère le liait à Pierre Bérégovoy, parrain de sa plus jeune fille Audrey, et le suicide de son ami fut pour lui une douloureuse épreuve, nous en parlions souvent, surtout ces dernières années lorsqu’il passait au Conseil Général, en dilettante et s’arrêtait quelques instants dans mon bureau pour bavarder.

En 1973, il est élu conseiller général et retrouve François Mitterrand à l’Assemblée Départementale. Il est élu du canton de Nevers-Nord, un canton qu’il connaît bien puisqu’il habite avec sa famille au Banlay et enseigne la philosophie au lycée Jules Renard, un canton avec lequel il entretient une relation fidèle et qu’il représentera jusqu’en 2004.

Pendant ces plus de trente années au service du département de la Nièvre, il aura été un acteur privilégié de grandes avancées politiques et démocratiques. En 1976, il sera de ceux qui portent la revendication par le Conseil Général d’une autonomie de gestion, puis il vivra l’élection à la Présidence de la République de François Mitterrand en mai 1981 et aura à mettre en œuvre pratiquement, dans l’action locale, ce concept de décentralisation né de l’expérience nivernaise. Il aura porté le comité départemental de tourisme sur les fonds baptismaux, et n’aura eu de cesse, tout au long de sa carrière d’élu, d’œuvrer au service de la solidarité.

Comme tous ceux qui ont eu la chance de siéger à ses côtés, je ne peux évoquer la mémoire de Jean-Pierre Harris sans le souvenir de ses interventions au sein de notre assemblée : toujours brillantes, quelquefois gentiment moqueuses, lorsqu’il appelait « son maître Bachelard » en renfort de sa démonstration ou ne manquait pas de faire sourire ses collègues en citant Balzac en garantie de la gestion budgétaire du Département.
Il revendiquait la qualité de notable et d’honnête homme, au sens du 18ème siècle, précisait-il, se moquant de lui-même, et c’est bien ce souvenir là que nous garderons de lui.

Président d’âge de la session du Conseil Général lors de l’élection du Président en 2001, il s’adressait à ses collègues en leur disant :
« Une leçon est à retenir et même plusieurs : d’abord l’obligation de solidarité. Nous sommes le Parlement de la Nièvre, cet assemblage improbable et hétéroclite et pourtant fort d’une personnalité qui se révèle dans notre histoire. La solidarité s’appuie sur la tolérance et donc sur la reconnaissance respectueuse des différences, qui sait être assez forte pour lier le plus grand nombre, toutes opinions confondues, mais fidèles à la République, à l’intérêt bien compris de nos compatriotes »

Réunis autour de toi, Jean-Pierre, pour ce dernier moment partagé, alors que nous disons à ta famille, ta femme Brigitte, tes filles Hélène, Catherine et Audrey, la chaleur de notre amitié pour les soutenir dans cette période de deuil, je veux garder en mémoire ce message d’espoir et de foi en l’avenir dont nous essaieront, tes collègues conseillers généraux et moi-même, de rester dignes.



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